Couple ADN (2007, 68x85cm) Sans Titre Sans Titre Sans Titre Sans Titre Sans Titre

« L'A.D.N. pourrait garder en mémoire toutes les données des étapes précédentes depuis les poussières d'étoiles jusqu'à nos jours. » Notre aspect éphémère et intemporel à la fois est probablement inscrit dans nos cellules comme une évidence biologique !

Cette conscience planétaire semble ne rien enlever à notre individualité. Sur nos treize milliards d'années d'histoire individuelle nous sommes forcément tous fondamentalement différents, par contre, absents, nous manquerions dans le tableau universel. Notre but essentiel devrait être tout simplement de savoir quelle est notre place pour ensuite être vécu par cet impensable réel.

Darko Lazic. Artiste Croate né en 1974, membre de l'Académie des Beaux Art de Provence Côte d'Azur, installé en France depuis 1999 avec un atelier d'artiste situé à proximité immédiate de Nice. (Saint André de la Roche / 06).

Couple ADN a récemment été vendu aux enchères par la maison Boisgirard & Associés.

Voir la présentation de la vente chez artnet.

L'œuvre de Darko Lazic n'est pas destinée à séduire, son projet implicite est de guider notre esprit vers une autre réalité. Darko Lazic fait partie intégrante de son œuvre. Nous ne sommes pas ici en présence d'un processus mental, mais plutôt d'une création artistique par cognition ou « insight ». Darko Lazic semble porté par une inspiration constante. Son identité personnelle s'efface et laisse place à une dimension plus universelle de lui-même. Le beau autant que le vrai semblent vouloir dès lors s'exprimer et exister à travers son œuvre. Le message que l'on devine à travers le talent de ce jeune artiste est multiforme.
Darko Lazic pénètre le visible, le réel, l'apprivoise mais ne reste pas prisonnier des apparences, des conditionnements. De ce fait il nous libère des habitudes de la pensée en nous forçant à l'émerveillement. La description du réel sur plusieurs plans souligne la distorsion entre le monde naturel et les illusions conceptuelles. Inéluctablement la matière révèle ses secrets et une alchimie se produit entre nous, le regardeur, et l'œuvre regardée. Actif dans l'acte de « voir » nous devinons que nous sommes cela. Ainsi est vécu l'adage : c'est le regardeur qui fait l'œuvre.
L'insatiable intérêt que porte Darko Lazic pour le monde sensible, conjugué à une étonnante sensibilité, nous guide vers la structure intangible des choses. Nous devinons alors le mystère de l'ordre caché qui sous-tend l'apparence de la création. Au cœur de cette découverte nous pressentons par un phénomène de contagion l'interaction entre l'homme et l'univers invisible. Emerge également un dialogue imprévu entre la matière et l'esprit, entre l'identité individuelle et l'identité collective. Cependant l'instant poétique est préservé, c'est une exaltation de joie pure, un instant où se retrouve en nous l'origine de notre identité.
Nous savions qu'une œuvre d'art exprime l'ambiance consciente ou non de la culture d'une époque, nous savons peut-être moins qu'elle guide l'esprit. Génératrice d'images ou d'idées, elle est l'expression du mouvement du monde vers son accomplissement. Darko Lazic nous le suggère avec délicatesse. Nous venons de dire que le « regardeur » fait l'œuvre en lui donnant le sens qu'il a découvert en lui-même, mais il est également vrai que l'artiste influence le regardeur dans la mesure où il met en scène dans son œuvre tout ou partie de ce qu'il est. Manifestement Darko Lazic sait s'étonner de ce qu'il voit et pressent. Sa curiosité, conjuguée à un amour passionné du sens, élève son art en transcendant le temps et de l'espace. Son intuition témoigne de la présence d'un absolu créatif.

Si le terme d'Ecole de Nice peut paraître imprécis pour définir ce groupement géographique, conceptuel, intellectuel, d'artistes talentueux, il reflète cependant un climat de création, la notoriété d'artistes dont la plupart sont déjà dans les manuels d'histoire de l'art. Citons pour mémoire sous le signe de Fluxus mais également de mouvements tels que Nouveau Réalisme, Support-Surface, Art conceptuel… Yves Klein, Martial Raysse, César, Arman, Sosno, Hains, Chubac, Farhi, Klein, Ben, Venet, Cane, Bretch, Alocco, Biga, Gilli,Charton, Dolla, Filliou, Raysse, Malaval, Chaccalis, Saytour, Spoerri, Pages, Isnard, Flexner, Oldenbourg, Dolla, Nives, Charvollen, Moya, Mas, Verdet, Taride, Viallat… mais aussi Vautier, Boltanski, Dine, Dufrêne, Deschamps, Féraud, Filliou, Flexner, Gette, Manzoni, Pinoncelli, Serge III, Wesselman... Tous ont en commun une prise de conscience : l'art c'est l'expression du réel qui se déploie d'une certaine manière et avec une charge émotionnelle. Ils ont voulu ainsi nous apprendre la beauté du quotidien.
Cette école de la région de Nice, avec sa lumière et sa spécificité géographico-artistique attire des artistes du monde entier. Elle a conquis ainsi une renommée internationale et son style a influencé ceux d'autres régions. Mouvement sans maître ni gourou, l'Ecole de Nice depuis le début des années 60, avec l'air de la mer, a inventé une nouvelle beauté. Cette école a un prolongement, à l'instar des grandes écoles de philosophie de l'antiquité elle se perpétue et Darko Lazic mérite d'en reprendre le flambeau.
Darko Lazic est une de ces âmes en équilibre sur le fil du temps ; il oscille en permanence entre l'absolu ou le non temps et l'histoire. La pureté des thèmes, la force des formes prégnantes sur le fond contribuent à donner à cette oeuvre profondément humaine une grande puissance d'expression. Le décalage entre l'humain et le contexte nous fait chavirer dans l'infini. L'œuvre de Darko Lazic n'est ni exaltée ni angoissée, elle est empreinte d'une observation contemplative et sereine.

Chacun de ces oeuvres nous souffle un secret, un accès à la joie tranquille. Dans son travail, nous devinons l'empreinte labyrinthique d'un pouce qui signe de notre identité singulière, unique et absolue. Des formes rectangulaires simples évoquent un code génétique. Ce code, en véritable trame sous-jacente du monde du vivant, nous rappelle qu'à ce stade de notre évolution la matière est arrivée à son plus haut degré de complexité liée et d'organisation centralisée. Avec les grands mammifères et plus particulièrement avec Sapiens Sapiens, la conscience a le pouvoir de se replier sur elle-même et de prendre en quelque sorte possession d'elle-même. « L'animal sait, mais ne sait pas qu'il sait. » « L'homme sait qu'il sait. »
Pour certains ethnologues et biologistes de l'évolution, tous les organismes sur l'échelle du vivant servent de ponts, de passerelles à la création d'êtres plus complexes. Ainsi le plan — en quelque sorte le schéma mathématique — d'une espèce par le biais de croisements et de conjugaisons subtiles définirait un être plus performant et plus conscient. Le fœtus humain depuis la morula jusqu'à son développement final semble résumer toutes les étapes de l'évolution du vivant. Il y aurait ainsi dans chaque être humain des schémas d'animaux ; l'A.D.N. pourrait garder en mémoire toutes les données des étapes précédentes depuis les poussières d'étoiles jusqu'à nos jours.
L'œuvre de Darko Lazic par une géniale intuition télescope le temps en nous présentant tour à tour l'origine commune à tout le vivant et Sapiens Sapiens, ici au sommet de notre civilisation. Nous pourrions presque voir dans l'action du combat de boxe une pointe d'humour au regard de l'aboutissement de notre civilisation. Cependant le triptyque « boxeur vaincu », « boxeur gagnant », et « l'entre-deux que représente l'arbitre » a quelque chose de très révélateur. Cette scène met en exergue deux idées majeures : d'une part l'unité de l'action dans la mesure où les trois protagonistes sont complices au cœur d'une représentation commune. Cette unité rend dérisoire la notion de vainqueur et de vaincu, il ne s'agit que d'une distribution de rôles. D'autre part, de façon plus symbolique, nous sommes en présence d'une distribution circulaire du temps. Le vaincu couché souligne la naissance ou la fin d'un cycle, le vainqueur au bras levé la pleine expansion au cœur de la vie, le tout semblant orchestré par un point immobile neutre au cœur du mouvement de la scène : l'arbitre.
Nous pourrions avancer l'idée que la dimension géniale de la scène, au-delà de sa saisissante intensité, est de nous révéler que la dimension unique de tout (ici le code génétique) peut s'amuser à se mettre en scène dans le multiple, dans la diversité. « Les scientifiques ont cherché l'origine de la conscience dans la physiologie, dans la biologie et l'architecture atomique de nos organismes. Les physiciens modernes cherchent la cohérence des liaisons atomiques à l'aide d'un nouveau concept : la conscience. » souligne Hubert Reeves. La conscience pourrait être le principe actif qui vitalise la matière dans l'holomouvement. Notre aspect éphémère et intemporel à la fois est probablement inscrit dans nos cellules comme une évidence biologique !
Cette conscience planétaire semble ne rien enlever à notre individualité. Sur nos treize milliards d'années d'histoire individuelle nous sommes forcément tous fondamentalement différents, par contre, absents, nous manquerions dans le tableau universel. Notre but essentiel devrait être tout simplement de savoir quelle est notre place pour ensuite être vécu par cet impensable réel.

Le langage n'a cessé de se développer en force et vitalité ; facteur de cohésion sociale, il a structuré notre imaginaire surtout vers 100.000 ans avant Jésus-Christ, date à laquelle nous commençons à enterrer de façon individuelle nos morts. Les travaux de certains chercheurs comme Pierre Changeux ont montré que depuis 30.000 ans notre capacité créatrice est inchangée. L'homme du paléolithique est le même que celui d'aujourd'hui dans sa lecture du réel et par sa disposition à le signifier par l'art. Il est même fort probable que ses activités de chasseur- cueilleur-collecteur ont surdéveloppé chez lui ses sensations. Vers 4.000 ans avant Jésus-Christ certains membres de notre espèce s'autorisent à codifier sur l'argile ou sur la roche des signes et symboles. Les charges émotionnelles sont déployées. Le « sens » est immortalisé, rendu visible aux yeux de tous. Cet acte subversif a très certainement permis la gestion et le développement de la civilisation.
De la même façon, l'artiste clairvoyant ne procèderait-il pas à un nouvel acte de courage de notre espèce ? Comment peut-il à la fois la célébrer tout en dénonçant son caractère scandaleux ? Que peut-il montrer de notre vaine tentative à vouloir maîtriser le mystère de notre condition éphémère en se perpétuant à travers l'art ou l'écrit ? Saura-t-il caricaturer l'héroïsme et la lâcheté d'un tel acte, ou en découvrir caché « un entre-deux ? »
L'invitation est celle des grands colosses de la philosophie antique : vivre au présent, accepter le réel dans sa totalité pour y découvrir notre immortalité. Il s'agit d'être acteur dans le temps. Idées, émotions, questions doivent être immédiatement lisibles. C'est le cas chez Darko Lazic. Matisse disait : « L'importance d'un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu'il aura introduits dans le langage plastique... » Parsemé d'une multitude de signes, le travail de Darko Lazic préfigure un nouveau langage méta-poétique.

André Marro.

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